10 décembre 2009

Pollueuse

Je sens que je vais me faire tomber dessus à bras raccourcis par la brigade de Copenhague, les Cotillard et consorts, peu importe, faut que ça sorte. J’adore les Allemands, vraiment. Je vis à Berlin, une ville merveilleuse. Chaque jour que Dieu fait, crinière au vent, je me félicite de vivre parmi ces gens si tolérants, si propres, ouverts d’esprit et rassurants. Seul hic -et je sais ami lecteur, je me répète-: les öko-faschos de mon quartier, Prenzl’er, dans l’ex-Est berlinois. On dirait que l’écologie est une sorte de bonus génétique reçu par l’ensemble de nos voisins germains à leur naissance : cela semble tellement spontané et « naturel » ici de protéger l’environnement que je passe régulièrement pour une femme de Néanderthal, voire un déchet toxique.

Quand même, ce côté moralisateur m’épuise. Cette bonne conscience verte. A Berlin, si tu dis que tu prends des bains, c’est pire que d’avoir égorgé un petit Malien. Pas question de porter de la fourrure, même en hiver par -30°, sinon tu as tôt fait de croiser trois illuminés en Birckenstock qui te parleront doucement du WWF. Et le tri des ordures ? Biomülle, plastique, papiers et verre, des poubelles qui occupent déjà quatre kilomètres carrés de la superficie de ta cuisine, sans oublier l’horreur de la « Kompost » qui se transforme en matière tellement gluante, puante et humide, que je me vois obligée de jeter régulièrement du papier/plastique dedans pour « absorber ». Et ma coloc, qui surveille systématiquement mes faits et gestes -et nettoie notre baignoire commune avec du vinaigre-, vient ensuite gentiment me rappeler le laïus « générations futures etc… ». Symptomatique de cette moralité écolo : à Prenzlauer Berg, les magasins bios -et les nains aux joues roses mangeant joyeusement des tétines biodégradables- sont plus nombreux que les distributeurs bancaires. Mais je vous jure, une vie plus saine, nom de Dieu, quel ennui !

7 décembre 2009

Pelisse

Question existentielle du lundi : pourquoi mes poils poussent-ils plus vite que mes cheveux ? Et dire que je dépense des fortunes en masques capillaires et autres soins brillance, étiquetés Schwarzkopf sinon rien, pour me faire ressembler à un épagneul soyeux ! Rien n’y fait, ma crinière anémique met environ 6 mois pour croître d’à peine 20 millimètres. Et passé l’oreille, mes mèches semblent trépasser, se répandant tristement sur mes cols roulés. Quand à mon implantation duveteuse, j’ose à peine en parler : malgré ou en raison de mes attaques répétées de razite, c’est triple bulbe pileux en deux jours assuré. En attendant, j’ai été chercher le manteau-moumoute que j’ai donc fait retailler par une petite cousette turque, contre l’avis unanime de mon entourage. Il est enfin mettable, voire même joli. Que c’est bon d’avoir raison contre la meute !

Sans transition, géographie avec quelques photos exclusive de mon week end à Rügen, “l’île des romantiques” sur la Baltique. Entre bruine et hululements du vent, me suis perdue dans un putain de bois -pardon le Parc national de Jasmund- pendant cinq heures, le long des fameuses falaises de craie, immortalisées par le dépressif chronique Caspar David Friedrich. J’ai fini par revenir en “ville” -Sassnitz, 20 habitants en hiver- à la tombée de la nuit, à pleurer de joie devant une route en bitume et un bon Jägermeister, siroté dans une Gastätte, clignotante comme un sapin de Noël. Civilisation, je crie ton nom !

3 décembre 2009

En règle

Une vraie Teutonne. Après deux ans quasiment de vie commune avec Berlin, j’ai donc décidé de faire mon coming out « Anmeldung » [inscription] à la mairie de mon quartier, un reste d’usine en briques rouges aux pièces vastes comme des frigos d’abattoir. Après quelques quarts d’heure de queue, je me suis donc enregistrée légalement comme citoyenne berlinoise, devant une employée revêche, au pull en angora et à la queue de cheval jaune poussin. Prise d’une fièvre administrative d’organiser enfin ma vie de manière réglementaire, j’en ai profité pour ouvrir mon premier compte bancaire : à la Sparkasse, la scène avec le jeune Ossi en complet noir, censé évaluer mon “profil”, valait le détour. Première question : quels sont mes désirs ? Embarrassée, j’ai répondu sèchement « gagner plus » [merci Sarkozy], c’est alors que mon interlocuteur est parti dans une diatribe sur les sirènes de l’amour, de la chance et de la santé. « Merci mais z’êtes un banquier, pas mon psy », ai-je rétorqué, sous les néons -le crépuscule tombe en ce moment vers les 10h du matin-. J’ai eu ensuite droit à un interrogatoire en règle sur mes habitudes abyssales de dépenses, mes projets en cas de décès, de retraite complémentaire, de provisions, épargne etc…Visiblement outre-Rhin, dans chaque banque, c’est la procédure normale de palabrer pendant une heure avec un “conseiller” qui, en fonction des réponses du pigeon client potentiel, colorie joyeusement un feu virtuel : vert, « alles in ordnung », orange, « peut mieux faire », rouge « nécessaire d’en discuter ». Inutile de préciser que je n’ai pas compris la moitié des termes employés, que le feu était rouge après chacune de mes répliques, et que le pauvre homme a fini par me sortir avec un sourire gêné, « si je peux me permettre, vous n’êtes pas la cliente idéale. » Je lui ai juré mes grands dieux que j’allais « sparen » [é-co-no-miser]. Gott, si la vie en Allemagne est à ce prix !

27 novembre 2009

Puhdys & Co

Suis donc dans ma semaine musicale. Souffrant le martyre à l’écoute des ondes outre-Rhin, sachez que je suis connectée en permanence à FIP, ma radio luminescente, mon petit morceau de bonheur acoustique. Paris, je t’aime ! En attendant, il y a deux groupes d’enfer que j’adore, datant de la défunte RDA, les Puhdys et Pankow. Sans oublier Karussell : ici-bas gît mon morceau fétiche, notamment en terme de travelling et de design capillaire. Mais comme YouTube rechigne à donner le lien du clip original, “en raison de la législation sur les droits d’auteur“, z’aurez donc que la mélodie du “beste Lied aller Zeit der DDR” [la meilleure chanson DDR de tous les temps]…d’un kitsch irrésistible. ça swinguait sec chez Erich !

26 novembre 2009

Foxy Berlin

De la bombe de balle. Si, si, les Teutons font aussi du bon hip hop. Le maître en la matière s’appelle Peter Fox, un rouquin malin qui rappe comme un Dieu et cartonne outre-Rhin. J’adore ! Fox aurait d’ailleurs des origines françaises, son vrai nom est même Pierre Baigorry, nettement moins sexy. Avec le titre « Schwarz zu blau », hymne de l’été, Fox crache un Berlin futuriste et sombre, poing levé, rythmes ragga et phrasé incroyable. Bigre, il me fait même aimer l’allemand ce bougre. Extraits : « Guten Morgen Berlin, du kannst so hässlich sein, so dreckig und grau, du kannst so schön schrecklich sein, deine Nächte fressen me auf. » [Berlin, tu peux être si affreuse, si sale et si grise, tu peux être si magnifiquement effrayante, tes nuits me bouffent]

13 novembre 2009

Moumoute casaque

Quand je craque, je claque ! Cela me remonte immédiatement le moral : le simple fait de me délester des euros que je n’ai pas encore gagnés me donne la grisante impression de vivre dangereusement. Moins j’ai d’argent, plus j’en dépense. Et puis, avec l’automne qui a recouvert Berlin, le gris m’étouffe et la nuit tombe comme le plomb à 16h. Histoire me requinquer, je décide de visiter le plus vieux cimetière juif de Prenzlauer Berg en écoutant les Doors. Le gardien est un charmant vieux monsieur qui lit Kafka sous sa kippa.

Je me balade ensuite le nez au vent sur la Schönhauser Allee. Sous la flotte, novembre oblige.  Je n’ai besoin de rien, surtout pas de consommer, au risque d’engraisser mon banquier. Par pur esprit de contradiction avec mon instinct radasse, je m’arrête dans une boutique vintage, en tâtant les fourrures et les longues vestes en mouton retourné. Tiens donc, alors que j’ai trois manteaux qui dorment dans ma penderie, pourquoi ne pas m’en racheter un pour l’hiver qui s’annonce ? Ras-le-bol de marcher des heures dans le froid berlinois, en grelottant.  J’essaye plusieurs modèles : trop verdâtre, pas bon pour mon teint de navet anémique, trop militaire, mauvais pour mes penchants dictatoriaux, trop de poils, redhibitoire pour mon hirsutisme génétique. Tapie dans le fonds du magasin devant un miroir flou, je finis par me faire harponner par un vendeur en survêtement, mielleux à souhait. « Z’avez rien de plus court ? Un mini-paletot ? » que j’ergote, rendue suspicieuse par son air bienveillant. En général, le Berlinois lambda aboie.

Comme s’il ne comprenait pas mon allemand balbutiant, Frère sourire me tend un manteau aux tons brun usés, qui m’arrive à mi-mollet. Tellement lourd que j’ai quasiment des courbatures en l’enfilant. Ladite pelisse me va pas mal, je ressemble à une babouchka ukrainienne sur un marché de Kiev. Le col en fourrure est énorme, je m’endormirais bien dedans. La couleur est pas mal mais le paletot reste très seventies, trop babos. Il a même ces fichus bouclettes au bout des manches et en bas. Complètement démodé. Très rétro. En même temps, l’hiver à Berlin, ça pèle. « Il est fait pour vous, avec vos yeux marrons, merveilleux, vraiment. Dans un mois, vous viendrez me remercier tellement il est chaud. Vous pourriez même être nue dessous. » Tu parles d’un argument de vente, Karl !

Je n’ai pas l’habitude de porter du long, c’est comme les talons : comme je marche trop vite, à grandes enjambées, je me vautre régulièrement sur les pavés berlinois. Avec ce tapis sur le dos, je vais me prendre les pieds dedans, c’est assuré, et si possible sur la Castanienallee, rebaptisée ici “Casting Allee” à cause du défilé permanent de branchés locaux. Je me tortille en transpirant sous la toison. « Vous êtes si belle, tout vous va ! », poétise le camelot. Je ressemble à un travelo perdu, loin de ma toundra natale. Il est vraiment bon ce cochon. Je sais que ne le mettrai jamais ce manteau « guerre et paix ». Suis pas Russe mais Française. Je négocie sec, un prix exorbitant. Je sens l’arnaque à plein nez. Et bien pourtant, je l’achète. Je L’ACHETE ! Je paie avec ma carte bleue ! Je tapote mon code ! J’expérimente en direct une altération de ma conscience. Et je souris en plus, à ce voleur ! La pelisse ira rejoindre les talons aiguilles et les porte-jarretelles dans le tiroir des méga-fashion faux pas. Quelle über-gourde je fais ! Maintenant, je dois trouver un tailleur ou me taire à jamais.

manteau 001

3 octobre 2009

Ick bin ‘n Berlinerin

Entre reportages dans le Grand Est, chroniques plus ou moins cochonesques ou projets multimédias, je vous propose de découvrir mes tribulations, aspirations et pannes d’inspiration de journaliste indépendante à Berlin. Arrivée en mai 2008 pour 3 mois, j’ai finalement décidé de rester dans cette métropole froide aux avenues soviétiques, pieuvre cosmopolite aux nuits électriques, aux chantiers béants et à l’avenir incertain. Vingt ans après 1989, la cité longtemps scindée est devenue l’eldorado des enfants gâtés de l’Ouest. Cela ne l’empêche pas de regarder vers l’Est avec nostalgie, en cultivant au plus près la liberté. Alors que les touristes affluent par cars entiers et achètent des bouts de murs polonais fabriqués en Chine, Berlin cultive une identité fragile, dissonante et @-mouvante. Terrain de jeu ou jungle urbaine, créative et infantile, artificielle, éphémère et hédoniste…derrière l’agrégation de cafés branchés ou les excès gays, la capitale allemande a érigé la bohême digitale, la précarité douce et le cool « multikulti » en marque de fabrique. Que vive l’aventure Curry Wurst et Birckenstock !